Lors de son appel aux investisseurs du 31 juillet 2026, la directrice financière de Sony, Lin Tao, a justifié la fin programmée des jeux PlayStation sur disque, prévue pour janvier 2028, en réponse à la fronde des joueurs et aux appels au boycott annoncés pour la fin du mois d’août.
Le discours se veut compréhensif mais reste inflexible : l’entreprise dit avancer avec prudence et justifie l’annonce précoce par la volonté de laisser dix-huit mois d’adaptation aux joueurs et aux éditeurs. Le problème, c’est le décor dans lequel tombe cette déclaration. Les résultats du trimestre sont insolents : bénéfice d’exploitation du groupe en hausse de 40 %, division PlayStation en hausse de 37 % de profit opérationnel, et un record historique de 125 millions d’utilisateurs actifs mensuels sur le PlayStation Network en juin. Sony n’enterre pas le disque parce qu’il souffre, il l’enterre parce qu’il n’a jamais aussi bien gagné sa vie.
Et c’est là qu’il faut appeler les choses par leur nom. La vraie raison n’est pas le confort du joueur, c’est la marge. Une copie numérique ne coûte quasiment rien à distribuer, là où un disque doit être fabriqué, emballé et transporté à chaque exemplaire. En supprimant le physique, Sony augmente mécaniquement sa marge sur chaque vente, et les analystes l’ont bien compris, puisque l’action a progressé après l’annonce. Pour vous, joueurs, la note est à l’inverse : plus de revente, plus de prêt, plus d’occasion, et l’accès à vos jeux suspendu à la bonne santé d’un serveur, comme la récente panne du PSN l’a rappelé. Ce que Sony présente comme une évolution naturelle des usages est en réalité un transfert : ses coûts baissent, vos droits aussi. La contestation, cristallisée autour de l’opération PSBlackout, aura du mal à peser face à un tel mur de rentabilité, mais elle a le mérite de rappeler que cette bascule n’a rien d’inévitable, c’est un choix d’entreprise.
Le disque PlayStation aura eu trente ans d’existence, de la première console en 1994 à sa disparition programmée. Il ne meurt pas de désamour, il meurt parce qu’il rapporte moins qu’une ligne de code. Libre à chacun d’en tirer les conséquences au moment de choisir où et comment acheter ses jeux.

