Pendant que Black Flag Resynced signait le meilleur lancement d’un Assassin’s Creed depuis des années, les salariés d’Ubisoft Barcelona, qui ont développé toutes les phases de plongée du jeu, ont fait grève du 14 au 16 juillet pour protester contre la suppression de 51 postes, la majorité au sein de l’équipe du remake.
Le détail qui change tout : ce plan n’est pas une réaction à quoi que ce soit. Il a été annoncé courant juin, un mois avant la sortie du jeu, dans le cadre d’une vague de plus de 380 suppressions touchant aussi Winnipeg, Belgrade et l’édition mondiale. Une développeuse licenciée, Isabel Codina García, raconte sur LinkedIn que Vantage Studios, la nouvelle entité Assassin’s Creed financée par Tencent, a cessé de confier des commandes à Barcelone, alors même que l’équipe proposait de nouveaux projets. Selon Insider Gaming, le studio n’avait reçu aucun projet depuis l’été 2025, ce qui signifie en clair que son sort était scellé bien avant que le premier exemplaire du remake ne soit vendu. Le tract de grève résume l’amertume : après des années de dévouement, l’entreprise leur a tourné le dos.
Je veux m’arrêter sur ce que cette histoire démonte, parce que ça nous concerne directement. On entend partout, et j’ai moi-même relayé l’idée, qu’acheter un jeu c’est soutenir l’équipe qui l’a fait. Cette affaire prouve que c’est devenu largement faux : les 2 millions de ventes du premier jour n’ont pas sauvé un seul des 51 postes, parce que la décision était prise un mois avant, sur des critères qui n’ont rien à voir avec la qualité du travail ni avec votre enthousiasme. Chez les gros éditeurs, votre achat récompense un tableur, pas des développeurs. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut plus rien acheter, ça veut dire qu’il faut arrêter de culpabiliser les joueurs qui attendent une baisse de prix au nom du « soutien aux équipes » : ce lien-là est rompu, et c’est Ubisoft qui l’a rompu. Le vrai soutien aux développeurs, en 2026, il passe par les studios indépendants qui vivent réellement de leurs ventes.
Le mouvement social se poursuit à Barcelone, sans réaction officielle d’Ubisoft ni de Vantage Studios à ce jour. Les 51 salariés, eux, quitteront l’entreprise d’ici la fin du mois, pendant que le jeu qu’ils ont contribué à construire continue de battre des records. L’industrie appelle ça une restructuration. De là où je me tiens, ça ressemble surtout à un aveu.

