Logo Electronic Arts (EA), éditeur d'EA Sports FC 27 On en parle

EA Sports FC 27 à 150 euros : comment l’édition la plus chère de l’histoire d’EA banalise tout le reste

EA Sports FC 27 a posé un chiffre sur la table cette semaine, et ce chiffre mérite qu’on s’y arrête plus longtemps qu’une actu. 149,99 euros pour l’édition Ultimate Plus, la plus chère jamais commercialisée par Electronic Arts pour un seul jeu. Certains médias français ont relayé 159,99 euros, mais la fiche officielle d’EA indique 149,99. Dans les deux cas, c’est un record, et ce record n’est pas un dérapage isolé. C’est l’aboutissement d’une trajectoire, et cette trajectoire se démontre, chiffres à l’appui.

Reprenons depuis le début, parce que la mémoire est courte et que c’est exactement ce sur quoi comptent les éditeurs. En 2023, à la naissance de la marque FC, il y avait deux éditions, une Standard et une Ultimate à 109,99 euros sur consoles. En 2024, même structure à deux paliers. Pour FC 27, une troisième marche apparaît d’un coup, à 149,99 euros. En trois ans, le haut de la gamme a donc grimpé de 40 euros, sans que le jeu, lui, ait changé de nature. On joue toujours au football, contre les mêmes équipes, dans les mêmes stades.

La vraie question n’est pas le prix, c’est ce qu’on achète pour ce prix, et là les faits sont précis. L’édition à 150 euros ne contient pas plus de jeu que celle à 80. Son principal ajout, ce sont 10 000 FC Points étalés sur cinq mois, c’est-à-dire la monnaie virtuelle qui sert à ouvrir des packs aléatoires dans le mode Ultimate Team. Ce n’est pas une interprétation, c’est le contenu annoncé par EA. Autrement dit, l’essentiel de ce que vous payez n’est ni du jeu, ni une extension, mais une avance sur vos futures dépenses de hasard. Vous payez pour avoir le droit de dépenser. Un joueur l’a résumé mieux que n’importe quel éditorial : EA veut 150 euros pour une mise à jour d’effectif et des points qu’on dépensera pour un joueur qu’on n’utilisera jamais.

Capture de gameplay d'EA Sports FC 27, match avec l'équipe d'Espagne, page Steam officielle

Le fait le plus lourd, et celui que presque personne ne relève, EA l’écrit pourtant elle-même. Sur la fiche Steam de FC 27, dans les conditions de vente, l’éditeur précise que l’Édition Ultimate, l’Édition Ultimate Plus et l’achat de points FC ne sont pas disponibles en Belgique ni en Corée du Sud. La raison est connue : la Belgique assimile depuis 2018 les loot boxes à des jeux d’argent et les interdit de fait sur son territoire. Autrement dit, EA reconnaît là où vous cliquez pour acheter que le contenu qu’elle vend 150 euros chez nous est jugé illégal dans un pays de l’Union européenne. Ajoutez le classement PEGI 16 dont FC 27 écope cette année, attribué spécifiquement à cause de ces objets aléatoires payants, et le tableau est complet : d’un côté un régulateur qui restreint et un pays qui interdit, de l’autre un éditeur qui sort une édition à 150 euros dont l’argument central est de vous plonger plus vite dans ce système. Ce n’est pas une lecture militante, c’est celle qu’EA fait elle-même quand elle retire ses points de la vente à la frontière belge.

Pour mesurer l’écart entre le prix et la valeur, une comparaison suffit. Pour ces mêmes 150 euros, EA vend par ailleurs un pack réunissant deux jeux complets, Madden NFL et College Football, avec leurs bonus. Deux jeux entiers d’un côté, un seul jeu plus une réserve de monnaie virtuelle de l’autre, au même tarif, chez le même éditeur. Autre point de repère brandi par les joueurs eux-mêmes : l’édition Ultimate de GTA 6, le jeu le plus attendu de la décennie, coûte 99,99 dollars et offre missions, véhicules et cosmétiques supplémentaires. L’édition haut de gamme d’un jeu de foot annuel est 50 % plus chère. Quand le contenu réel diminue à mesure que le prix grimpe, on ne fixe plus un tarif en fonction d’une valeur, mais en fonction de ce qu’un public est prêt à supporter.

Et c’est là le mécanisme central de toute l’affaire, celui qui doit rester en tête. Il porte un nom, l’ancrage. En posant un palier à 150 euros, EA ne compte pas forcément le vendre en masse. Son intérêt est ailleurs : cette marche haute rend soudain l’édition à 100 euros presque raisonnable, et la Standard à 80 euros carrément sage, alors qu’aucune n’a baissé. Le nombre le plus élevé sert de point de référence pour faire accepter tous les autres. C’est la même technique que sur le prix du matériel, où une console à quatre chiffres prépare le terrain pour la suivante. Le jeu de foot annuel l’applique avec un avantage décisif : son public est captif. On ne rejoue pas à FC 25 quand FC 27 sort, parce que la communauté, les mises à jour et les compétitions migrent vers le nouvel opus. Chaque année, le même joueur revient, et chaque année on lui présente un plafond un peu plus haut.

La réaction de la communauté, justement, ne s’est pas fait attendre, et elle est massive. Le rejet domine, entre railleries et colère, résumé par une phrase revenue partout, quand la cupidité d’EA va-t-elle s’arrêter. Un joueur compare le tarif à un plein de carburant, un autre ironise sur le droit d’exiger Mbappé dès le premier pack vu le prix. Mais un contre-argument circule, et il faut l’examiner parce qu’il est plus retors qu’il n’y paraît. Certains font remarquer que l’édition s’adresse à ceux qui dépensent déjà dans le jeu, et que 10 000 FC Points valent à eux seuls environ 82 euros à l’achat, ce qui rendrait le surcoût rentable. Le média jeuxvideo.com en a même fait un titre. Sauf que cet argument, loin de sauver l’édition, la condamne. S’il faut, pour rentabiliser 150 euros, prévoir de dépenser en plus l’équivalent de 82 euros de monnaie virtuelle dans des packs aléatoires, alors on ne compare pas cette édition à celle à 80 euros. On la compare à 150 euros suivis de toutes les dépenses que le système vous poussera à engager ensuite. La rentabilité affichée n’est pas un argument en faveur du produit, c’est l’aveu chiffré de l’ampleur des dépenses attendues dans Ultimate Team.

Mode The Grounds d'EA Sports FC 27, football urbain en ville avec un joueur en retourné acrobatique, page Steam

Et il y a pire, un détail écrit noir sur blanc sur la page officielle d’EA que presque personne ne relève. Ces 10 000 points ne vous appartiennent pas vraiment, ils expirent. EA précise que vous devez réclamer la distribution initiale avant le 1er juin 2027, et que si vous activez le code après le 26 septembre 2027, vous ne recevez aucun point. Le contenu qui justifie le prix de l’édition a donc une date de péremption. La même mécanique s’applique aux 6 000 points de l’édition Ultimate, avec ses propres échéances. Autrement dit, la fameuse valeur de 82 euros n’est acquise que si vous jouez au rythme voulu par EA, que vous réclamez au bon moment et que vous restez dans la fenêtre imposée. Un bien qui s’évapore si vous ne le consommez pas à temps n’a pas la valeur d’un bien que vous possédez. Vous ne payez pas pour 10 000 points, vous payez pour la permission de les réclamer avant qu’ils ne disparaissent.

Il faut rester juste sur un point, et le dire clairement : cette édition est facultative. La Standard existe toujours, la version physique en boîte se trouve déjà autour de 60 euros chez les enseignes françaises, et personne n’est forcé de rien. Mais l’existence d’une option n’efface pas ce qu’elle installe. Le problème n’est pas que quelques passionnés dépensent beaucoup, c’est que le seuil du raisonnable se déplace un peu plus chaque année, et qu’à force de records présentés comme facultatifs, on finit par trouver normal ce qui aurait paru délirant trois ans plus tôt.

Reste une bonne nouvelle, et elle est factuelle elle aussi. EA a déjà dû retirer un système de microtransactions controversé de College Football 27 après une réaction assez vive des joueurs. La preuve est faite que la pression collective fait plier l’éditeur. La conclusion pratique tient donc en une phrase : on regarde le contenu, pas l’étiquette. Une édition qui vend surtout de la monnaie périssable pour packs aléatoires n’est pas une édition premium, c’est un abonnement anticipé à un système de hasard que la Belgique interdit et que le PEGI vient de sanctionner. La refuser ne coûte rien. Et si assez de monde la refuse, le record de cette année restera un record, au lieu de devenir le tarif normal de l’année prochaine. C’est la seule chose qui a jamais fait reculer un éditeur : pas une pétition, pas un avis indigné, mais une édition à 150 euros qui prend la poussière sur les serveurs.

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