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Fin des disques PlayStation en 2028 : Sony décide, appelle ça votre choix, et les joueurs commencent à répondre

Sony a officialisé le 1er juillet sur le PlayStation Blog, par la voix de Sid Shuman, l’arrêt de la production de disques physiques pour tous les nouveaux jeux PlayStation à partir de janvier 2028. Après cette date, les nouveautés seront vendues uniquement en numérique, sur le PlayStation Store ou chez les revendeurs. Voilà pour les faits. Maintenant parlons de la manière, parce que la manière est une insulte.

Le terrain était préparé, et on a payé pour ça

Le 24 juin, Rockstar confirmait que la version « physique » de GTA VI ne contiendrait aucun disque. Une boîte, un code, terminé. Le jeu le plus attendu de la décennie sort sans Blu-ray, et les précommandes se sont envolées quand même. Sony a eu sa réponse une semaine avant son annonce : on peut vendre du vent dans un boîtier en plastique, les gens paient. Alors pourquoi se gêner.

Les chiffres existent, je ne vais pas les nier. Selon les données relayées par Bloomberg, le numérique représentait 78 % des ventes de jeux complets sur PS4 et PS5 sur l’exercice fiscal 2025, 85 % au dernier trimestre. Retenez bien ces chiffres. Sony s’en sert contre vous deux paragraphes plus bas.

Et dans le même billet, glissée entre deux phrases : la fermeture du PlayStation Store PS3 et Vita. Premiers pays en août 2026, arrêt mondial en juillet 2027. C’est la bande-annonce de votre propre avenir, offerte dans le même communiqué.

« Vos préférences » : ils décident, et c’est notre faute

Relisez le communiqué, c’est un monument. « Direction naturelle ». « Préférences des consommateurs ». « S’adapter ». Traduction : c’est vous qui avez voulu ça. On se fout de notre gueule, méthodiquement, avec le vocabulaire poli d’un service communication qui a bien travaillé.

Parce que reprenons. Qui a demandé la mort du disque ? Personne. Qui a été consulté ? Personne. Où est le sondage, la concertation, le moindre semblant de question posée aux joueurs ? Nulle part. Des gens ont acheté en démat parce que c’est pratique, et Sony transforme cet usage en référendum qui n’a jamais eu lieu. Les 78 % ne sont pas un vote. Ce sont des joueurs qui avaient le choix. Les 22 % restants l’avaient aussi. En janvier 2028, plus personne ne l’a. Ça s’appelle une décision unilatérale, prise en conseil d’administration, et le communiqué a le culot de vous expliquer que c’était votre idée. Ce n’est pas la fin du disque qui est scandaleuse, elle était écrite. C’est le mensonge sur qui l’a décidée.

La vraie raison est comptable. Supprimer le disque, c’est supprimer le pressage, l’emballage, le transport, le stockage, les invendus. C’est surtout rabattre chaque vente vers un circuit où Sony fixe les prix et prélève sa commission. Le contexte parle tout seul : deux hausses de prix de la PS5 en moins d’un an, jusqu’à 649,99 dollars pour l’édition disque aux États-Unis, et des ventes de consoles divisées par deux sur le trimestre janvier-mars 2026, à 1,5 million d’unités. Le hardware cale, alors on essore le software. Et on nous vend l’essorage comme un service.

L’occasion : exécutée en silence, et le silence était le plan

Pas une fois le communiqué ne prononce les mots revente, prêt ou occasion. Rien de présentable à dire, donc on ne dit rien. Un jeu numérique ne se revend pas, ne se prête pas, ne finit pas à moitié prix six mois plus tard. Le marché de l’occasion faisait vivre des enseignes et permettait à des millions de joueurs de financer le neuf en revendant l’ancien. Sony n’y touchait pas un centime. L’interdire aurait fait un scandale planétaire, alors on a trouvé plus propre : couper l’approvisionnement et laisser le temps faire le sale boulot. En 2028, personne n’aura tué l’occasion. Elle sera morte toute seule. Quel dommage, vraiment.

Votre ludothèque ne vous appartient plus, et Sony vient de le prouver

Un jeu démat est une licence, liée à un compte et à des serveurs qui appartiennent à Sony. Quand le store ferme, tout disparaît. Ce n’est pas une angoisse de collectionneur, c’est chiffré : l’étude de la Video Game History Foundation de 2023 établit que 87 % des jeux sortis avant 2010 sont déjà commercialement indisponibles. Et Sony lui-même vient de faire la démonstration : plus de 500 films ont été supprimés des bibliothèques numériques de ses propres clients après la fin d’un accord de licence avec StudioCanal. Des gens avaient payé. Les fichiers ont disparu. Qu’est-ce qui empêchera exactement la même chose avec vos jeux ? Rien. C’est écrit dans les conditions d’utilisation que personne ne lit.

Et le calendrier est d’un cynisme parfait. Cette annonce tombe deux semaines après le 16 juin, jour où la Commission européenne a refusé d’imposer toute obligation légale de maintien des jeux jouables, malgré les 1,3 million de signatures de Stop Killing Games. Je ne dis pas que l’un a causé l’autre, rien ne le prouve. Mais regardez la séquence : 1,3 million de personnes se lèvent, Bruxelles répond qu’aucune loi ne les protégera, et quatorze jours plus tard, Sony verrouille le tout-numérique. On nous a dit non, puis on nous a servi l’addition.

Sauf que cette fois, ça commence à répondre

Et c’est la partie que Sony n’avait visiblement pas prévue dans ses éléments de langage. Depuis l’annonce, la presse spécialisée documente une campagne coordonnée de désabonnements au PlayStation Plus : des joueurs résilient pour frapper là où ça compte, les revenus récurrents. Aucun chiffre officiel, Millenium parle de milliers de résiliations, et l’ampleur réelle est invérifiable à ce stade, je ne vais pas vous vendre un exode que personne ne peut mesurer. Mais le mouvement existe, il est organisé, et il vise juste : l’abonnement est exactement le modèle économique que le tout-numérique doit engraisser. Détail savoureux relevé par la presse : les réseaux sociaux PlayStation sont muets depuis l’annonce. Même la traditionnelle annonce des jeux PS Plus du mois a pris du retard. Quand le service communication qui vous explique vos « préférences » n’ose plus rien publier, c’est qu’il sait très bien ce qu’il a fait.

Alors oui, je le dis clairement : c’est maintenant qu’il faut faire du bruit. Pas en 2028, devant le fait accompli. Sony a pris cette décision en pariant sur notre résignation, et chaque résiliation, chaque avis, chaque refus d’acheter du vent en boîte est la seule langue que ce communiqué comprend. Le portefeuille est le seul bulletin de vote qu’on nous ait laissé. Servons-nous-en.

À suivre

La forme des futures « éditions physiques » numériques en magasin. Le lecteur de la PS6, sur lequel Sony se garde bien de dire un mot. L’ampleur réelle de la vague de désabonnements, si des chiffres sortent. La réaction de Microsoft et Nintendo. Et le code de conduite européen sur la fin de vie des jeux, promis d’ici fin 2026 : volontaire, sans force de loi, autant dire une politesse.

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