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Assassin’s Creed Black Flag Resynced: le remake qui coule tout seul

Treize ans après, Ubisoft ressort son pirate le plus aimé du placard. Black Flag Resynced promet un remake reconstruit de zéro, plus beau, plus fluide, plus complet. J’y suis retourné en sceptique, et après trente heures en mer, mon constat tient en une phrase : le grand jeu est toujours là, mais tout ce qu’Ubisoft a ajouté autour lui fait de l’ombre.

Un contrat signé en grande pompe

Ubisoft a été clair dans sa communication d’avril 2026. Sur la page officielle du jeu, Resynced est présenté comme un remake recréé entièrement avec la dernière version du moteur Anvil, et non un simple remaster. La promesse technique s’accompagne de ray tracing, d’une météo dynamique et d’un monde ouvert sans écran de chargement.

Côté contenu, l’éditeur annonce du neuf : des intrigues étendues autour de Barbe-Noire et Stede Bonnet, trois officiers inédits qui rejoignent l’équipage du Jackdaw, de nouveaux chants de marins, des animaux de compagnie et un mode photo. La fiche du jeu promet aussi un combat repensé pour des affrontements plus dynamiques, axé sur les parades et les exécutions. En mai 2026, le directeur technique Jussi Markkanen ajoutait une couche dans une interview à GamesRadar : tous les lieux sous-marins ont été reconstruits, avec de la plongée libre partout, de nombreuses épaves inédites et une faune retravaillée.

Enfin, Ubisoft insiste sur le positionnement : une aventure solo, jouable hors ligne après un premier téléchargement, vendue 59,99 euros en édition standard. Après le naufrage de Skull and Bones, développé pendant dix ans par le même studio Ubisoft Singapour, ce remake devait prouver que l’éditeur savait encore où était son trésor. Voilà le contrat. Voyons ce qui est livré.

Des Caraïbes superbes, des sabres en mousse

Commençons par ce qui saute aux yeux : c’est beau. Les Caraïbes sous ce nouveau moteur Anvil, les couchers de soleil sur l’eau, les tempêtes, tout ça fonctionne. Mais c’est beau de manière inégale, et le meilleur exemple est sous la surface. Les zones de plongée dédiées sont superbes, rien à redire. En dehors, les fonds tombent à dix mètres et après, c’est le large, le vide. Une vitrine magnifique aux rayons à moitié garnis.

Le combat, lui, demande qu’on en parle honnêtement. Le système repose entièrement sur les contres : techniquement, tu n’es pas censé taper dans le tas, tu attends, tu pares, tu ripostes. Et quand on joue le jeu, ça a de la gueule, les exécutions sont stylées et le rythme s’installe. La boîte à outils est sympa : un grappin pour attraper un ennemi et le ramener vers toi ou le pendre, une balayette au pied pour ouvrir la garde, et le pistolet à dégainer en plein combo. Ces actions permettent de varier les enchaînements, et manette en main c’est franchement agréable. Seul détail, et il compte : aucun de ces outils n’est neuf. Le grappin, la balayette, le pistolet enchaîné, tout ça existait déjà en 2013. Le remake se contente de débloquer le grappin plus tôt dans l’aventure. Ce que je prenais pour des ajouts n’est qu’un héritage.

Le souci, c’est que tout le reste ne suit pas. Si tu sors de la logique des contres, le gameplay perd toute sa saveur : les coups normaux n’ont aucun impact, les ennemis ne bronchent pas quand tu les frappes, pas de recul, pas de titubement, comme les sacs à points de vie des mauvais RPG de ces dernières années. Vous voyez les ennemis de The Division qui encaissent des chargeurs entiers sans ciller ? C’est exactement ça, sauf qu’ici personne n’a l’excuse des statistiques de RPG.

Edward Kenway l'épée dégainée dans une rue ensoleillée de La Havane, face à des soldats, dans Black Flag Resynced.

Et même en jouant proprement, le plaisir s’érode. Les animations d’exécution sont en nombre limité, et dès qu’on enchaîne les affrontements, on revoit les mêmes en boucle. Ajoutez une variété d’ennemis famélique là où j’en suis, et une intelligence artificielle restée en 2013, et vous obtenez un système dont les quelques bons outils s’épuisent faute de fondations solides.

Et je n’ai pas encore parlé de la caméra, une catastrophe complète en combat. Régulièrement, un mur, un tonneau ou un bout de décor vient se planter en plein milieu de l’écran et tu ne vois plus rien de l’affrontement. Te faire toucher parce que le jeu a décidé de cadrer une caisse, en 2026, dans un remake, c’est difficile à excuser.

Sur le fond, les combats font penser à ceux de Shadows : peu chorégraphiés, souvent les mêmes mouvements qui reviennent. Et c’est là que le bât blesse vraiment, parce que de mémoire, le combat de 2013 était mieux chorégraphié, plus naturel et plus fluide que celui-ci. Le remake n’a pas ajouté d’outils, ils étaient déjà là, il a surtout touché au ressenti de base, et il a perdu quelque chose que l’original avait. On garde les mêmes gadgets, on perd la fluidité. Pour un remake censé moderniser le jeu, se retrouver avec des affrontements moins naturels qu’il y a treize ans, c’est un comble. Ubisoft promettait des affrontements plus dynamiques, la promesse n’est pas tenue.

Le naval, lui, tient toujours la barre. Piloter le Jackdaw, aborder un galion, sentir la houle sous la coque : le plaisir est intact. Mais pour un jeu de 2026, et surtout pour un remake, cette mer manque cruellement de vie. À part des navires anglais, des navires espagnols et de temps en temps un allié, tu ne croises quasiment rien. Sur une traversée de huit ou dix kilomètres, l’ennui s’installe vite.

combat naval en mer agitée, le Jackdaw face à un navire ennemi, dans Black Flag Resynced.

Ubisoft le sait d’ailleurs très bien, et sa réponse en dit long : un pilotage automatique. Plutôt que de remplir sa mer d’événements et de rencontres, l’éditeur a préféré ajouter une option pour que le jeu navigue à ta place. Quand ta solution à l’ennui est de jouer pour le joueur, c’est que tu as identifié le problème sans avoir le courage de le régler.

Sur PS5, côté stabilité pure, rien à signaler en trente heures : pas de plantage, pas de bug bloquant, et c’est devenu assez rare pour mériter une phrase. En revanche, la fameuse météo dynamique, mise en avant par Ubisoft dans sa communication, mérite qu’on s’y arrête. Dynamique, elle l’est, mais pas réaliste pour un sou. Le temps ne devient jamais menaçant : il bascule. Tu pars sous un grand soleil, tu arrives au milieu de ta traversée et tu te prends une tempête avec plusieurs tornades, il pleut des cordes, puis tu atteins ta destination et il fait beau.

Aucune transition, aucune montée progressive. En trente secondes, un claquement de doigts, la pluie et les tornades se sont installées, et elles repartent aussi vite. Pire, le système hésite : tu vois une tempête au loin, tu fais dix mètres, elle disparaît, tu refais dix mètres, elle revient d’un coup. Sur le moment c’est spectaculaire, mais dès qu’on y prête attention, l’illusion se fissure. Une météo dynamique, oui. Une météo crédible, non.

Un coffre bien rempli, mais fouillé par le marketing

Sur le papier, le coffre est rempli. L’intégralité du jeu de base est là : comptez environ 25 heures en ligne droite et autour de 60 heures pour tout nettoyer, selon les tests parus à la sortie. S’y ajoute ce qu’Ubisoft présente comme du neuf : les quêtes de trois officiers, du contenu supplémentaire autour de Barbe-Noire et Stede Bonnet, et des séquences inédites appelées Rifts qui remplacent le récit contemporain.

J’ai fini l’histoire principale et touché à une partie du contenu inédit, notamment les quêtes des officiers. Le scénario principal, lui, reste le même que dans mon souvenir de 2013, et c’est tant mieux, il n’avait pas besoin qu’on y touche. Le problème vient de ce qu’on a greffé autour. Et il faut être précis, parce que le marketing joue sur les mots : Stede Bonnet et Barbe-Noire ne sont pas des nouveautés, ils étaient déjà dans l’original, Bonnet étant même le premier compagnon qu’on rencontre en 2013. Ce que le remake ajoute, c’est du développement autour d’eux, pas les personnages eux-mêmes, et l’essentiel du vrai contenu neuf tient dans un chapitre de fin d’environ six heures. Quant aux quêtes des officiers, vendues comme un des ajouts marquants, elles sont clairement en dessous du scénario de base. Ça fait le travail, ça remplit, mais on sent le contenu d’appoint plus que la vraie valeur ajoutée. Difficile d’y voir un argument suffisant pour justifier de repasser à la caisse.

scène cinématique avec Edward Kenway tenant une carte, un personnage à l'arrière-plan, dans Black Flag Resynced.

Il faut s’arrêter sur une décision majeure : la suppression complète des passages Abstergo, le fameux monde moderne de la saga. Une partie de moi dit bon débarras, ces séquences cassaient le rythme et personne ne les réclamait. Mais l’autre partie constate qu’en les retirant, Assassin’s Creed perd son fil conducteur. Ce va-et-vient entre passé et présent, c’était l’ossature de la série, ce qui reliait les époques entre elles. Sans lui, Resynced devient un très bon jeu de pirates qui porte un nom de franchise comme on porte un costume. C’est peut-être plus honnête, mais quelque chose s’est perdu en route.

Il faut aussi parler de ce mélange étrange qu’est devenu Resynced : une chimère entre jeu solo et jeu service. Des événements à durée limitée dans un jeu narratif solo, une piste de récompenses façon battle pass alimentée par des collectibles, le tout géré en dehors du jeu lui-même, dans une interface externe. J’ai du mal à y voir autre chose qu’un prétexte pour te faire passer devant la boutique.

Et cette boutique, parlons-en. Je n’ai rien contre les skins, il m’arrive d’en acheter quand un jeu me plaît, mais j’attends d’eux qu’ils respectent l’immersion. Là, c’est du rouge flamboyant, du bleu fluorescent, des lames qui brillent comme dans Call of Duty. Dans un jeu d’époque sur la piraterie du XVIIIe siècle, ces skins ne cassent pas juste l’ambiance, ils la piétinent. Ajoutez des publicités pour Assassin’s Creed Shadows dans les menus, et vous obtenez une pause qui ressemble à une régie publicitaire. Dans un jeu solo payé 60 euros, croiser une pub en mettant pause, ça m’a gonflé, et je pèse mes mots. Ce n’est pas un détail cosmétique, c’est une philosophie qui s’installe.

Heureusement, le cœur bat encore. Retrouver Edward Kenway et le Jackdaw fait un bien fou, l’histoire reste excellente, et le jeu ne fait pas dans la demi-mesure : quand quelque chose doit être dit, c’est dit franchement. Ce socle de 2013 n’a rien perdu de sa force. C’est bien tout ce qui a été construit autour qui pose problème.

60 euros le jeu, 85 dollars le supplément

Parlons chiffres, parce qu’ils racontent tout. Le jeu coûte 59,99 euros en standard, 69,99 euros en Deluxe, et 199,99 euros en édition Collector. Le jour de la sortie, plusieurs packs de contenu additionnel attendaient déjà en boutique, pour un total d’environ 85 dollars, soit plus que le jeu lui-même. Des packs cosmétiques à une dizaine d’euros, et un pack de cartes à 5 euros qui révèle l’emplacement de tous les collectibles, c’est-à-dire qui vous vend le droit de ne pas jouer au jeu que vous venez d’acheter. Et l’édition Deluxe, vendue plus cher, n’inclut qu’une fraction de tout ça.

le pack cosmétique Hellfire aux effets de flammes rouges, en vente dans la boutique de Black Flag Resynced.

Les joueurs Steam ont répondu : le jeu a plongé en majoritairement négatif à la sortie avant de remonter, la quasi-totalité des avis négatifs visant la monétisation et non le jeu. Face au tollé, Ubisoft a réagi en expliquant que ces packs n’étaient pas une obligation, une réponse qui n’a apaisé personne. Pendant ce temps, l’éditeur annonçait 2 millions de ventes en 24 heures et un pic de 99 451 joueurs simultanés sur Steam, un record absolu pour la franchise, devant Assassin’s Creed Shadows.

Un dernier chiffre pour la route, et c’est le plus lourd. Le studio Ubisoft Barcelone, qui a travaillé sur l’exploration sous-marine et la technologie de l’eau de ce remake, a vu 51 de ses employés licenciés au moment du lancement, ce qui a déclenché une grève de trois jours. Le jeu bat des records, les DLC s’empilent, et une partie des gens qui l’ont fabriqué prennent la porte. Chacun jugera.

Alors, parole de pirate ou parole d’éditeur ?

Le remake reconstruit de zéro, promis sur la page officielle en avril 2026, est tenu. Les analyses techniques confirment qu’aucune ligne de code de 2013 n’a survécu, et le résultat visuel, malgré ses inégalités, est à la hauteur de l’engagement. Promesse tenue.

Le combat repensé pour des affrontements plus dynamiques n’est pas au rendez-vous. Les outils mis en avant, grappin, balayette, pistolet enchaîné, existaient déjà dans l’original de 2013, le remake n’a donc rien inventé de ce côté. Pire, l’essentiel a régressé : le combat de 2013 était mieux chorégraphié, plus naturel et plus fluide. Ajoutez des coups sans impact et une intelligence artificielle à la ramasse, et on obtient un système qui recule là où il devait avancer. Promesse non tenue.

La météo dynamique, vantée sur la page officielle en avril 2026, existe bel et bien, mais son exécution trahit la promesse implicite. Des tempêtes qui apparaissent et disparaissent en trente secondes, qui clignotent selon ta position à dix mètres près, ce n’est pas un système météo, c’est un interrupteur. Promesse partiellement tenue.

Les fonds marins, ensuite. Le directeur technique Jussi Markkanen promettait en mai 2026, sur le blog officiel et chez GamesRadar, une reconstruction de tous les lieux sous-marins, de nombreuses épaves inédites et une faune retravaillée. Livré : des zones de plongée effectivement superbes, et un océan vide dès qu’on s’en éloigne, avec des fonds qui s’arrêtent à dix mètres. La presse a fait le même constat, un espace sous-marin en grande partie sans fonction. Promesse partiellement tenue, et c’est généreux.

Le contenu inédit, annoncé en avril 2026, mérite qu’on distingue le vrai du survendu. Les intrigues autour de Barbe-Noire et Stede Bonnet sont présentées comme des ajouts, mais ces deux personnages existaient déjà en 2013, Bonnet dès les premières heures. Le remake étoffe leur rôle, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas la découverte qu’on nous vend. Les quêtes des officiers et les Rifts, eux, sont réellement nouveaux. Après avoir bouclé l’histoire et une partie de ces quêtes, le constat reste mitigé : ces ajouts existent, ils sont fonctionnels, mais ils restent en dessous du scénario original. Promesse tenue sur la quantité, décevante sur la qualité, et un peu trompeuse sur la nouveauté. Statut partiel.

L’aventure solo complète, elle, mérite un astérisque gros comme un galion. Le jeu est bien jouable hors ligne et rien n’est verrouillé derrière un paiement, c’est vrai. Mais présenter une expérience solo premium et y glisser une boutique, des défis hebdomadaires, des événements à durée limitée et de la publicité, c’est respecter la lettre du contrat en piétinant son esprit. Promesse partiellement tenue, et encore, par politesse.

L’heure de hisser le pavillon

Voilà le paradoxe de Resynced : c’est un bon jeu que je ne regrette pas d’avoir acheté, et pourtant je ne peux pas m’empêcher de trouver ce remake fainéant. Quinze studios ont travaillé dessus, Ubisoft l’a lui-même communiqué, et je les cherche encore. Le jeu est à l’identique, jusqu’à certains bugs du titre original fidèlement reproduits, comme l’ont relevé plusieurs testeurs. Reconstruire sans une ligne de code de 2013, très bien. Mais reconstruire à l’identique, ça s’appelle recopier.

Alors soyons clairs pour finir. À 60 euros, ce jeu est trop cher pour ce qu’il propose. En dehors des graphismes, il n’y a aucun effet woaw, aucun moment où le remake justifie son existence autrement que par un coup de peinture. On est content de retrouver Kenway et le Jackdaw, l’histoire fait toujours son effet, mais pour un remake, la copie est très pauvre. C’est du travail d’appoint vendu au prix fort, à l’image de ce qu’est devenu Ubisoft ces dernières années.

Pour qui : ceux qui n’ont jamais fait l’original et veulent découvrir Edward Kenway dans les meilleures conditions visuelles possibles, idéalement une fois le prix retombé.

Pas pour qui : ceux qui ont fini Black Flag en 2013 et espéraient autre chose qu’un très beau miroir, et tous ceux pour qui une pub dans un menu pause est une ligne rouge.

À retenir

Gameplay : 12/20. Contenu : 12/20. Prix : 7/20. Promesses : 8/20. Note globale : 10/20.

Verdict en une ligne : un beau remake trop cher et sans ambition, à l’image d’Ubisoft aujourd’hui.

Ce que j’ai aimé : retrouver Edward Kenway et le Jackdaw, une histoire qui n’a rien perdu, la stabilité technique sur PS5.

Ce que j’ai pas aimé : un combat sans impact et une caméra qui cadre le décor plutôt que l’action, une mer et des fonds marins vides pour un jeu de 2026, la chimère jeu service greffée sur un jeu solo à 60 euros.

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