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Wolverine a les bonnes idées, pas le courage d’aller au bout

On t’a promis un combat féroce et une plongée dans le passé de Logan. Le combat retient ses coups, et le passé est rangé dans des salles bonus chronométrées. Reste un jeu qui tourne en boucle sur deux factions d’ennemis, valide les QTE que tu rates et te guide au sol dans des couloirs. Treize heures à 79,99 € pour un Wolverine sous surveillance.

Testé sur PS5, terminé en une treizaine d’heures, acheté de ma poche.

Logan ouvre sur un sauvetage et part pour trois continents

Les mutants vivent cachés. Le reste du monde ignore qu’ils existent, et ceux qui le savent les traquent pour le compte de Bolivar Trask, un industriel milliardaire persuadé que l’humanité vaut mieux qu’eux.

Le jeu s’ouvre à Telambang. La Team X, où Logan travaille aux côtés de Victor Creed et de Raven Darkholme, force l’entrée d’une installation de Trask pour en sortir Nathaniel Essex, l’homme qui a monté l’équipe. Logan taille dans les Reavers, croise Omega Red, et récupère son homme.

De là, l’histoire l’expédie aux quatre coins du monde. Les forêts gelées du Canada, les rues étroites de Tokyo où les ninjas de The Hand l’attendent, puis Madripoor et ses deux visages, les beaux quartiers de Hightown et le ventre sans loi de Lowtown. Trente missions, une campagne linéaire, un boss en fin de chapitre.

Le fil rouge, c’est sa mémoire. Sauf qu’elle passe à peine par la narration. Elle est enfermée derrière les Nightmare Doors, des portes signalées par des racines violettes qui ouvrent sur une cabane et sur une épreuve : une course contre la montre, une salle d’ennemis à vider avant que le compteur tombe. Au bout, pas de cinématique. Une sculpture en bois sur une étagère et un texte à lire.

Quatorze portes, quinze épreuves. Les premières sont imposées, le reste se laisse ignorer. Le jeu te vend le passé oublié de Wolverine comme son cœur, puis le range dans des salles bonus avec un chrono dessus.

Team X vidée de sa noirceur, et l’histoire avec

Les X-Men, j’ai grandi avec. Alors voir Team X transformée en cellule d’entraide, ça m’a fait mal.

Dans les comics, Team X est une unité noire de la CIA des années 60, rattachée au programme Weapon X. Wolverine, Sabretooth, Maverick, Silver Fox, Mastodon. On effaçait la mémoire des agents après presque chaque mission. Quand Logan discutait les ordres, Creed tuait des innocents pour le remettre à sa place. Mystique n’y a jamais mis les pieds.

Ici, c’est une équipe qui protège les mutants, fondée par un mentor, avec Mystique au générique. Le plus rageant, c’est que les trous de mémoire que le jeu exploite viennent précisément de là. Insomniac garde l’amnésie de Logan et jette l’escouade qui la rendait monstrueuse.

Ce qui devrait porter le récit est donc traité comme un objet à ramasser, au même rang qu’une caisse de matériaux. Pire : finir le jeu ne suffit pas à connaître Logan. Un épilogue qui comble des trous du récit principal exige les quatorze portes trouvées et les quinze épreuves validées au bronze minimum. Une partie de son passé est derrière un score.

Le reste suit la même pente. Le jeu ne cache pas ce que Logan a vécu, il le montre même souvent, mais il ne lui en reste rien. Logan traverse chaque scène et en ressort identique, même ton, même façon de parler, même façon de cogner. La souffrance est posée comme un décor, jamais comme une conséquence.

On finit dans le registre des films Marvel récents. Bon enfant, du drame qui retombe avant d’avoir pesé, rien qui reste en travers de la gorge. Le jeu accepte de montrer Logan encaisser. Il n’accepte jamais de le laisser devenir un animal.

Callisto résume le problème. Le character design ne fonctionne pas, le personnage ne dégage rien, et je n’ai jamais compris à quoi elle servait. Ce n’est pas la faute de la comédienne derrière, c’est ce qu’Insomniac en a fait.

La rage fonctionne, les ennemis se répètent

Le système de rage est la vraie réussite du jeu. Plus tu frappes, plus Logan monte en puissance, plus ses attaques cognent, et son facteur de guérison se déclenche quand il encaisse lourd. Poussé à fond, ça débouche sur le Rage Tier 3, un état en noir et blanc repris de la série Black, White and Blood. Le système raconte la colère au lieu de la décrire, et pour une fois le jeu ose quelque chose.

Insomniac n’a rien inventé, cela dit. Le Wolverine de 2009 avait déjà sa jauge de rage et son mode berserker. C’est mieux intégré ici, mais l’idée a dix-sept ans.

Le bestiaire, lui, s’écroule. Insomniac a teasé plusieurs factions ennemies comme argument de vente, et sur le papier c’est vrai : les Reavers, The Hand, plus un type d’ennemi qui débarque en cours de route. Dans les faits, chaque faction sert la même liste. Le tireur qui te canarde de loin, les pseudo-élites, les Brutes blindées. L’habillage change, parfois l’arme change, et la manière d’aborder un groupe reste identique du début à la fin.

Le jeu n’est pas facile pour autant. J’y suis mort souvent, surtout en fonçant dans le tas sans réfléchir. Mais mourir cinquante fois sur la même situation, ce n’est pas de la difficulté intéressante.

Et il y a une pelletée de QTE, dont beaucoup se valident même quand tu les rates ou que tu ne fais rien. La séquence à moto sur l’autoroute, la grosse démo du State of Play, en est le sommet : tu ne peux pas tomber, tu meurs difficilement, il ne reste qu’une cinématique où tu appuies de temps en temps.

Logan encaisse moins bien qu’en 2009

Que les choses soient claires, le gore est là. Les ennemis sont empalés, démembrés, et Logan finit régulièrement couvert de sang. Ce n’est pas ça qui manque.

Ce qui manque, ce sont les dégâts sur Logan lui-même. En 2009, X-Men Origins: Wolverine montrait son corps se déchirer. Le facteur de guérison passait à l’écran, la chair partait, et l’Uncaged Edition allait assez loin pour décrocher un PEGI 18. Tu finissais un combat en charpie. Ici, la casse est scriptée. Les vêtements se déchirent toujours aux mêmes endroits, et aucun affrontement ne m’a jamais vraiment déshabillé.

La retenue dépasse le modèle de dégâts. On reconnaît la patte Spider-Man partout, dans le moteur, dans les character designs, dans la façon de cadrer les personnages. Logan n’est pas Spider-Man, et le traiter comme lui lisse exactement ce qui le rend intéressant.

Reste le guidage. Logan suit une traînée lumineuse au sol pour retrouver ses objectifs, dans des niveaux qui sont déjà des couloirs. Les joueurs l’ont vite surnommée la piste de pet, et Insomniac a réagi : le patch 1.001.005 du 19 septembre en réduit l’opacité. Le studio dit étudier l’ajout d’options activables dans une future mise à jour. Aujourd’hui, tu ne peux pas l’éteindre.

Je précise, parce que la confusion est facile. Insomniac a fait un vrai travail d’accessibilité, avec une liste d’options pour les joueurs malvoyants et malentendants. Ce n’est pas ça que je critique. Je critique une assistance imposée à tout le monde, sans réglage, sur un jeu qui vend de la férocité.

79,99 € au Store, 62 € en boîte

L’édition standard est affichée 79,99 € sur le PlayStation Store, 89,99 € pour la Digital Deluxe.

En physique, ce n’est pas le même tarif. Amazon, Auchan, Leclerc et Cdiscount vendent la boîte autour de 62 €, la Fnac à 69,99 €, et seul Micromania s’aligne sur les 79,99 €. Le disque, donc, qu’il faut presser, emballer, transporter et stocker en rayon, coûte 18 € de moins que le même jeu envoyé par la fibre. Et lui, tu peux le revendre.

Pour treize heures de campagne linéaire, deux factions d’ennemis recyclées et un passé rangé derrière des défis chronométrés, 80 € ne passent pas.

Ce que j’en ai pensé, moi

Je n’ai pas aimé. Le jeu n’est pas mauvais, il est tiède, et à mes yeux c’est pire. Il donne l’impression d’un produit de transition, posé là pour faire patienter jusqu’au prochain Spider-Man, sans que la recette ait été repensée pour un personnage qui ne fonctionne pas pareil.

Il reste un système de rage qui fait honneur au perso, et une idée de mémoire fracturée qui méritait autre chose qu’un chronomètre. Le reste tourne en rond et n’ose rien.

Si tu veux te sentir animal, griffes dehors, relance celui de 2009. Il a dix-sept ans et il te donnera plus que celui-ci.

Dans tous les cas, pas à 80 €.

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